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La fin du Tango des pesticides ? Le principal syndicat agricole communique beaucoup sur son contrat de solutions « objectif 300 solutions ». C’était le cas, ces jours derniers à Innov-Agri. Est-ce la fin du « tango » de la cogestion des pesticides: un pas en avant, deux pas en arrière ! Est-ce la fin de la progression de l’emploi des pesticides en agriculture, malgré 10 ans d’Ecophyto ?

Quel dommage que la FNSEA depuis des décennies manque de cohérence en jouant sur plusieurs tableaux à la fois. Cette instance de lobbying a œuvré pour vider l'arrêté "phyto" du 4 mai 2017 de la nécessaire adaptation des pratiques phytosanitaires, eu égard aux nouvelles connaissances scientifiques et aux nouvelles recommandations issues des processus d'évaluation des substances. Alors que près de 15 millions d'hectares agricoles reçoivent des pesticides, un grand nombre d'applications se font maintenant sans respecter les recommandations et exigences figurant sur les étiquettes, étiquettes qui normalement font références puisque facilement accessibles pour les applicateurs de produits phytos.

C'est très bien de faire des propositions, mais peut-on avoir confiance ? Peut-être sortirons-nous enfin de la "course à la lenteur" en vigueur autour des pratiques de protection des cultures. Certaines des 36 mesures proposées à ce jour sont validées et sont opérationnelles depuis 10, 15 voire 20 ans (trichogrammes sur maïs, blés rustiques, décalage des semis, confusion sexuelle,...). A cause de ce temps très long d’adoption de pratiques plus vertueuses, ce contrat de « nouvelles » solutions pourrait apparaître comme tragi-comique (pour un vieil expérimentateur et vulgarisateur indépendant) s'il n'y avait pas des enjeux majeurs et immédiats de santé humaine et de biodiversité. Un minimum d’objectifs quantitatifs (surfaces concernées,…) serait par ailleurs très appréciés voire indispensables.

Pourquoi avoir tant attendu? Pourquoi aller vers une protection "au compte-goutte" des riverains, et non vers une charte concernant toutes les parcelles en bordure d’habitations? Pourquoi ne pas agir massivement sur les ruissellements aux champs? Pourquoi ne pas être imaginatif afin de respecter la protection des espèces « non-cibles » de bords de champs (plantes et arthropodes) ? Pourquoi n'agir que lorsque sur le plan image de la profession et communication, des contre-feux deviennent nécessaires?

J'ai la faiblesse de penser que les nombreuses victoires règlementaires (victoires à la Pyrrhus !) que la FNSEA et les instituts agricoles ont obtenus depuis les années 90, ont dé-servi l'agriculture française dans ses relations avec les consommateurs et les citoyens. Il ne s'agit plus de simplement allumer des contre-feux. Vis-à-vis de l’emploi des produits phytosanitaires sur de très grandes surfaces, il me semble que seule une « sortie par le haut » est possible : arrêt total ou emplois ultra raisonnés intégrant toutes les dernières connaissances et respectant la totalité de la règlementation. Ainsi faire intervenir le CORENA (Comité de rénovation des normes en agriculture) dans la règlementation phytosanitaire est un non-sens scientifique. Cela revient à balayer d’un revers de manche l’immense travail scientifique d’évaluation des risques réalisé avant la mise sur le marché des spécialités phytosanitaires. On peut formuler le vœu qu'une fois de plus, sous couvert d'innovations proposées et de recours à l’agriculture de précision, nous ne soyons plus dans un objectif de course à la lenteur voire de dérèglementation.

Malgré les points de vigilance cités plus haut, deux éléments paraissent très encourageants.

 - l’absence de demande préalable de financement pour les actions proposées. En 40 de carrière, j’ai vu nombre de bonnes pratiques qui n’ont pas été mise en place par manque de volonté, par manque de bon sens et parfois faute de financement. Les MAE et MAEc, engoncées dans la cogestion et les procédures longues, ont notamment en grandes cultures manquées le plus souvent de souplesse et de créativité. Or le raisonnement des applications phytosanitaires n’est pas lié aux sommes investies et de nombreuses précautions pas ou peu onéreuses sont connues et validées depuis des décennies. Elles amélioreraient grandement les impacts non-intentionnels : protection des riverains et de la biodiversité, moindre contaminations des masses d’eau et de l’air.

- Un point important et innovant doit être souligné : les chartes de bon voisinage. Elles ne doivent pas se cantonner aux points les plus « chauds » médiatisés (vignoble du bordelais, arboriculture de Corrèze,…). Ces chartes doivent être aussi généralisées que possible, avec la volonté d’en faire  un réel progrès humain (concertation, santé) et technique.

L’agriculture agro-écologique ou biologique a besoin de territoires ayant une grande capacité de résilience. Une vision globale sur l’organisation des territoires agricoles et surtout viticoles est indispensable : aux organisations professionnelles agricoles, aux pouvoirs publics et aux élus de prendre des décisions structurantes et pérennes. Les mesures segmentées coûtent chères pour un impact le plus souvent minime voire nul. Bon vent aux agriculteurs novateurs qui depuis des décennies, individuellement ou en petits groupes, ont fait émerger des pratiques plus respectueuses des sols, de la biodiversité, des consommateurs et des riverains.

 

Gigantisme parcellaire favorisant la contamination d'un ruisseau côtier (9 01 2018 - Plourivo-22)

Gigantisme parcellaire favorisant la contamination d'un ruisseau côtier (9 01 2018 - Plourivo-22)

terrain agricole communal avec haie communale (16 04 2017 Sainte Julie-01)

terrain agricole communal avec haie communale (16 04 2017 Sainte Julie-01)

Tag(s) : #Ecophyto-Vigilance

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