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Réaction aux articles du 16 novembre de la France Agricole : Drainage: des idées reçues battues en brèche. et d'Arvalis-infos.fr du 30 novembre : Quels sont les enjeux agronomiques du drainage ?

Je souhaite réagir à ces articles car je pense qu'il n'est plus possible, en 2018, de parler de drainage sans aborder son impact sur l'environnement, et ce notamment compte tenu des enjeux de biodiversité et d'atténuation des pollutions diffuses agricoles, mais aussi des connaissances acquises ces dernières années sur les techniques d'atténuation des pollutions diffuses.

Drainage agricole, ne pas négliger les forts enjeux environnementaux

Le drainage est une technique éprouvée de mise en valeur agronomique des sols moyennement ou très hydromorphes. Merci donc aux structures et à l'argent public qui permettent les études sur le drainage et sur les techniques d'atténuation des inconvénients de cette technique (Arvalis, La Jaillière; Irstea, Antony), et aux agriculteurs, acteurs engagés pour un « drainage durable ».

Agronomiquement, le bénéfice d’une moindre hydromorphie est bien entendu réel et important, mais il ne faut cependant pas négliger les enjeux environnementaux. La mise en œuvre du drainage, qui s’intensifie à chaque crise de l’élevage (Quotas laitiers en 2004, rémunérations insuffisantes depuis plusieurs années,…), concerne plusieurs types de situations, les sols limoneux hydromorphes (limons sur schistes, sur argiles à silex,…), les sols très argileux (plateau lorrain sur marnes de Keuper,…), les sols légèrement hydromorphes, pour qui le drainage permet de gagner en souplesse d’exploitation en augmentant le nombre de jours disponibles pour les interventions culturales : la Brie en est un exemple. La mise en culture est en général la trajectoire normale post-drainage, notamment en zones intermédiaires présentant une érosion de l’élevage à l’herbe. Cela revient donc le plus souvent à apporter des produits phytosanitaires en contextes hydrauliquement compliqués, on parle même dans certaines régions de "zone humide cultivée" pour les parcelles drainées. Comme il s'agit de sols, limoneux ou argileux, nécessitant des semis précoces, l'emploi d'herbicides racinaires et rémanents y est important notamment pour les sols historiquement les plus hydromorphes. Certes les ruissellements sont atténués, mais pas annulés. Contrairement aux affirmations, il me semble que l'effet sur les crues n'est pas si bénéfique que cela. Certes nous avons un contrôle des débits via le diamètre des tuyaux, mais qui dit drainage dit fossés importants d'assainissement, voire historiquement busage ou rectification et approfondissement des petits et moyens cours d'eau. Nous avons trop souvent créé des "autoroutes" directement à l'aval des exutoires qui ont remplacé les chemins de l’eau sinueux et des zones humides ayant une réelle capacité de ralentissement dynamique et de stockage. La cohabitation des réseaux de drainage avec les arbres, arbustes est loin d'être amicale alors que l'arbre joue lui aussi un rôle favorable en secteur hydromorphe (effet d’assèchement du sol et macroporosité accrue). Cet objet du paysage sera d’ailleurs rapidement indispensable pour mieux supporter les effets du réchauffement climatique. Dans une société peu respectueuse de ses sols (artificialisation, déstructuration des paysages, mécanisation abusive, coulées de boues,...) et malgré des potentiels parfois limités, nous avons et aurons impérativement besoin de produire sur nos sols à contraintes agronomiques fortes: sols légers à cailloux, sols drainés, sols pentus,..., mais faisons en sorte d'avoir une vision globale au sein de territoires agricoles résilients.

Cela revient à atténuer autant que possible les effets non intentionnels du drainage notamment en diagnostiquant les chemins de l’eau des territoires drainés, en aménageant les fossés d’assainissement, en généralisant les zones tampons humides artificielles en sortie de drainage, en acceptant des arbres en secteurs drainés, en choisissant les phytosanitaires les mieux adaptés au contexte drainé (c-à-dire en allant plus loin que les exigences règlementaires). En un mot, en jetant aux orties la "course à la lenteur" qui a trop longtemps été le résultat de la cogestion et en acceptant de revisiter les aménagements parfois abusifs des cinquante dernières années. Au sein même d'un territoire agricole et au plus près de parcelles de tailles raisonnables, il faut sans doute viser autour des 4% d'espaces semi-naturels ou naturels interstitiels qui sont multifonctionnels et jouent un rôle de soutien de la biodiversité, d'atténuation des pollutions diffuses aquatiques et aériennes, de réduction de l'érosion, d'objets d’hydraulique douce,....  Il en va de la reconquête de la fertilité de nos sols, de notre capacité d’autosuffisance alimentaire et du respect des générations à venir.

Déconnexion d'un exutoire de drainage, via un gué, Val de Seille, 57, novembre 2015

Déconnexion d'un exutoire de drainage, via un gué, Val de Seille, 57, novembre 2015

Amont de ru-fossé bressan, source?, BV Reyssouzet-01, janv 2015

Amont de ru-fossé bressan, source?, BV Reyssouzet-01, janv 2015

Tag(s) : #Territoires résilients, #Chemins de l'eau et diagnostics

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