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petite ravine d'érosion en bas d'une grande parcelle limoneuse, 11 février 2019, Plourivo -22

petite ravine d'érosion en bas d'une grande parcelle limoneuse, 11 février 2019, Plourivo -22

 Produits phytosanitaires ou pesticides ? En ces temps de controverses, nombre de personnes et surtout les représentants de structures professionnelles agricoles ergotent. Quels termes employer pour amoindrir les connotations jugées péjoratives du vocable pesticide ? La sémantique autour des mots employés sur ce sujet ou d’autres semble permettre de lutter contre l’agri-bashing voire les fake news. Mais en quoi un pinaillage sur les mots permet-il une amélioration de l’emploi de ces facteurs de production ou plutôt correcteurs de déséquilibres ? L’énergie perdue pour approvisionner ces contre-feux serait bien plus utile à toujours mieux diffuser les bonnes pratiques. Cela permettrait de  limiter autant que faire se peut la dispersion des substances phytosanitaires dans l’environnement anthropisé dans lequel nous vivons mais aussi la contamination des milieux naturels.

 

Quelles sont les dénominations employées

Pesticide, Produit phytosanitaire, produit antiparasitaire, produit de protection des plantes, produit phytopharmaceutique voire médicament des plantes, nombreux sont les termes utilisés, au gré des règlementations mais aussi des modes, de la nature des organismes communicant sur ce sujet souvent polémique. On doit aussi évoquer le terme générique de « phytos », très usité dans le monde agricole. L’on a aussi régulièrement l’emploi de l’abréviation PPP, avec cependant deux libellés : produits phytopharmaceutiques ou produits de protection des plantes. Cependant des nuances existent, et si certains de ces termes sont de parfaits synonymes, des différences non négligeables concernent le périmètre du terme pesticide et ceux des autres dénominations. Les différentes définitions consultables par internet ne donnent pas une vision uniforme conduisant à un choix unique et a un terme fédérateur. Par exemple si un produit phytosanitaire contient bien un ou plusieurs pesticides, le terme pesticide englobe lui, bien d’autres substances, qui si elles appartiennent souvent à des familles identiques ou similaires ont des usages non agricoles.

Un pesticide (qui vient du latin cida, tuer et de l'anglais pest, nuisible) est un outil de lutte contre les nuisibles, les parasites,….Les définitions des dictionnaires, trop succinctes voire peu réalistes, ne sont pas d’une grande aide. D’après Wikipédia (https://fr.wikipedia.org/wiki/Pesticide), plus prolixe, « Le terme pesticide comprend non seulement les « produits phytosanitaires » ou « phytopharmaceutiques » utilisés en agriculture, sylviculture et horticulture, mais aussi les produits zoosanitaires, les produits de traitements conservateurs des bois, et de nombreux pesticides à usage domestique : shampoing antipoux, boules antimites, poudres anti-fourmis, bombes insecticides contre les mouches, mites ou moustiques, colliers antipuces, diffuseurs intérieurs de pesticides, etc. » Autrement dit, le terme pesticides regroupe les phytosanitaires et les autres emplois non agricoles regroupés sous le vocable de biocides.

Au niveau des textes réglementaires les termes employés varient en toute logique car les « objets » visés et décrits peuvent être différents. Le mot pesticide est celui employé dans les règlementations européenne sur l’eau en anglais ou en français (CE 98/83) et française (arrêté du 11 janvier 2007 sur la qualité des eaux) portant sur les normes de potabilité. La Loi sur l’eau de 2006 (LEMA) emploie les termes de produits phytosanitaires mais y accole les biocides. Concernant la réglementation européenne de mise sur le marché de spécialités commerciales de protection des plantes, le terme retenu est « produit phytopharmaceutique ou plant protection product» (directive 1107/2009).  Fort logiquement l'Anses emploie le terme de produits phytopharmaceutiques (PPP) pour l'homologation des spécialités commerciales (évaluation, AMM). Il en est de même pour le ministère en charge de l’agriculture dans l’arrêté « phytos » du « 4 mai 2017 relatif à la mise sur le marché et à l'utilisation des produits phytopharmaceutiques et de leurs adjuvants ».

 Le terme pesticide est lui aussi utilisé officiellement : par exemple par l’Anses dans le domaine de la gestion des risques liés à l’emploi de ces produits dangereux. L’Observatoire des résidus de pesticides (ORP) a été créé en novembre 2003 à la demande des ministres chargés de la Santé, de l'Agriculture, de la Consommation et de l’Ecologie. C'est aussi le cas pour la protection des riverains, sans doute un des sujets majeurs des prochains mois (Anses, 21 mars 2016, exposition-aux-pesticides-des-riverains-des-zones-agricoles). Il en est de même pour la mise en œuvre récente d’une surveillance nationale des pesticides dans l’air ambiant (recommandations-de-l’anses-pour-la-mise-en-oeuvre-d’une-surveillance-nationale-des-pesticides).

 

Utilisation du meilleur terme, selon le contexte et le compartiment évoqué

Pourquoi intervenir dans un débat, sans doute vieux comme la protection des plantes ou tout du moins réel depuis l’après-guerre ? Pour ma part, je pense que la controverse pesticides-produits phytosanitaires et autres PPP n’a pas lieu d’être car ces termes englobent des périmètres différents.

Tout d’abord rappelons-le, les substances ou matières actives des PPP sont des pesticides. Les joutes sémantiques sont peu constructives : que de temps perdu alors que les enjeux de santé et environnementaux sont très importants. Le green-washing, ou éco-blanchiment ou «ripolin-nage » semblent protéger le côté économique du sujet (ventes, utilisations), mais cela ne fait pas avancer les enjeux sociétaux. Le temps gagné servirait utilement à sensibiliser et à agir efficacement vis-à-vis des pollutions diffuses, de la protection de la biodiversité, et bien sûr de la protection des opérateurs et des riverains. D'autant que les jeux de sémantique n'ont pas de fin : en 2018, l'Association Française de Protection de Plantes-AFPP (organisatrice du Columa, du CIRA, du CIMA,...) a changé de nom afin de ne plus faire apparaître le terme Protection des Plantes. Cette structure s'appelle maintenant Végéphyl – Association pour la santé des végétaux : il a y une petite nuance mais où est la réelle différence, à part le changement concomitant de logo? Cela ne change rien aux enjeux majeurs liés à l'emploi de molécules dangereuses sur environ 15 millions d'ha en France !! Les plans Ecophyto I puis II et la mise en place des CEPP (Certificats d’économie de Produits Phytopharmaceutiques) participent également à ce mouvement de « calinothérapie ». Heureusement au bout de 10 ans, très peu efficaces en termes de réduction de l’utilisation des produits phytos dans la Ferme France, ces opérations commencent à prendre en compte une (réelle) volonté de réduire les impacts et la dissémination des pesticides dans l’environnement, notamment en ne restant pas exclusivement centré sur la parcelle agricole et les pratiques .

D’autre part, ce ne sont pas des produits phytosanitaires (ou PPP) qui transfèrent dans les différents compartiments de l’environnement : sols,  eaux brutes, air mais des matières actives (molécules mères ou des métabolites), voire des molécules d'adjuvants. Comme évoqué plus haut, la règlementation sur l’eau potable parle sans ambiguïté de pesticides.

 

       Voici  l’emploi que je fais des différentes dénominations, compte tenu des définitions évoquées ci-dessus et de l’éclairage que je peux donner à l’issue de ma carrière autour des produits phytosanitaires et des transferts dans les parcelles et les territoires dont les aires d’alimentation de captages (AAC) . 

J'utilise le terme produits phytosanitaires voire PPP pour l'entrée agricole du sujet : c’est-à-dire dans les phases d'achat, de prise de décision, de stockage, d'application puis d’élimination des produits commerciaux périmés (PPNU). En effet un produit phyto c'est une ou des substances (ou matières) actives et des adjuvants se trouvant dans des spécialités commerciales et ce généralement jusqu'au mélange avec l'eau du pulvérisateur : il y a alors dissolution du produit formulé  et formation d'une bouillie phytosanitaire.


             Par contre une fois dans la bouillie puis sur le sol, nous avons affaire à des matières actives qui sont sans contestation des pesticides. Le produit formulé se dissocie selon ses différents éléments constitutifs et à cela s'ajoutera ensuite les métabolites. Par ailleurs la très grande majorité des analyses réalisées sur les matrices environnementales concerne les substances actives et les métabolites et non des produits formulés. C’est normal puisque dans l'environnement se retrouvent aussi des biocides (diuron des ravalements de façades, insecticides ménagers ou de scieries,...) et des molécules d'autres origines (médicaments vétérinaires, produits lessiviels-dont le fameux AMPA issu des phosphonates (et aussi bien sûr du glyphosate!),...).

 

En Résumé

Produits phytopharmaceutiques sur le plan règlementaire, produits phytosanitaires au niveau usuel lors des phases de mise en œuvre avant les traitements, et pesticides pour la dispersion et la dissipation des molécules après les applications et donc pour les contaminations qui en découlent. N'en déplaise aux représentants des agriculteurs qui proposent actuellement une « trajectoire de progrès pour la protection des plantes » (voir le Contrat de Solutions), le terme pesticides parait être le plus indiqué pour parler des molécules phytosanitaires et biocides qui contaminent les milieux naturels, semi-naturels et n’oublions pas nos jardins, habitations et certains aliments....Etre en retard sur la règlementation (règlement UE n° 547/2001) -non protection des zones non cultivées adjacentes, non prise en compte des risques de ruissellement- et trop attendre les financements liés aux plans Ecophyto 2 et aux autres politiques (PAC, MAEC,…) n’est sans doute pas tenable sur le plan sociétal et environnemental. Collectivement faisons en sorte qui l’emploi de produits phytosanitaires génèrent le moins possible de pesticides dans les différents compartiments alimentaires et environnementaux et les controverses n’auront plus vraiment de sens.

 

Limite grande parcelle (400m) et aqua incognita : bande enherbée trop petite (non obligatoire) pour prévenir l'érosion de la berge et les contaminations

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Erosion régressive en haut de berge : connexion quasi directe entre parcelle et petit ruisseau (aqua incognita)

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Tag(s) : #Règlementation phytosanitaire

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