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En cette période de confinement sanitaire, le passage en force des chartes départementales, dans le grand Ouest notamment, autorisant la réduction des largeurs non traitées destinées à protéger les riverains est contre-productif et aberrant.

C’est en effet une procédure administrative incompréhensible pour les personnes habitant auprès des champs, et confinés de surcroît. Sur un sujet aussi sensible que celui des pesticides et de la santé publique, c’est du respect des procédures de concertation et de pédagogie dont nous avons besoins dans les campagnes et zones périurbaines. Pas des coups de mentons, qui comme souvent d’avèrent déboucher sur des victoires à la Pyrrhus.

Pesticides et application de la règlementation : que de rendez-vous manqués !

Nous sommes les héritiers de l’idée d’un progrès sacralisé dès la fin du XIXème et décuplé au XXème. Et le monde agricole n’échappe pas à la règle. D’autant que en produits phytosanitaires l’époque n’est pas si lointaine où l’homologation était moins encadrée que maintenant. Dans les années 80, tous ce qui n’était pas interdit était de fait autorisé, et les usages détournés étaient fort nombreux. Les systèmes de pensées issus de cette période et cette lecture très large et laxiste des décisions d’autorisation de vente semblent perdurer chez nombre de responsables professionnels agricoles. Et pourtant il va sans dire que concernant les pesticides et les quelques 80 000 substances chimiques qui nous entourent dans notre environnement « moderne », nous sommes bien loin de connaitre tous les dangers liées à ces molécules et encore moins de pouvoir évaluer les risques liés aux effets cocktails

Autorisation de mise sur le marché = faibles risques ?

 On entend souvent dire dans des interviews de professionnels agricoles que « si une substance toxique, comme un pesticide, est règlementairement autorisée », c’est que le risque est faible.

C’est faux, entièrement faux pour au moins trois raisons :

- la règlementation a toujours un temps de retard sur les connaissances scientifiques,

- l’évaluation des risques est elle-même basée sur les critères, les capacités technologiques et analytiques du moment,

- les autorisations de mise sur le marché sont assorties de mesures de gestion des risques, visant à rendre acceptable un risque connu, mesures qui ne sont pas toujours mises en œuvre par les utilisateurs, qu’ils s’agissent de simples particuliers ou de professionnels. A cela il faut rajouter un quatrième point : quel est l’ampleur de l’usage qui sera fait d’une molécule chimique nouvellement autorisée ? Le risque est bien sûr étroitement relié au danger intrinsèque lié à la molécule, mais l’aspect niveau d’exposition est lui aussi déterminant. L’emploi des pesticides agricoles en est un exemple démonstratif : une substance active sera-t-elle utilisée sur quelques centaines de parcelles (plantes ornementales ou légumières) ou sur plusieurs millions d’hectares si l’usage sur céréales ou maïs devient courant ? Cet élément d’intensité d’usage n’est quasiment pas pris en compte dans les critères d’évaluation.

L’exemple du prosulfocarbe : nécessité de réduire l’usage et de resserrer les conditions d’emploi

Cet herbicide est utilisé sur pomme de terre, oignon, carotte,… et surtout sur céréales en remplacement de l’isoproturon (interdit depuis 2017). Le prosulfocarbe arrive en troisième position des ventes de matières actives en France, et tout de suite derrière le glyphosate dans les ventes en Bretagne. Le prosulfocarbe est une substance qui contamine facilement les eaux de surface (à l’automne surtout) et qui possède des propriétés physico-chimiques permettant des transferts aériens avérés et donc une réelle contamination de l’air.

Des problèmes de résidus en pommes, mais aussi sur d’autres cultures, sont observés depuis le fort développement d’emploi du prosulfocarbe de ces dernières années. Il s’agit de contaminations avant récoltes, pas seulement sur des parcelles contiguës, qui interviennent après les applications réalisées aux semis des céréales.

Agronomiquement cet herbicide est utile dans les parcelles où il y a présence de graminées adventices résistantes aux familles d’anti-graminées foliaires.Mais cette substance est clairement surutilisée comme c’est le cas pour le glyphosate, à cause d’applications de « confort ».

Rappelons que dans le cas du glyphosate, son utilisation permet des gains de temps à des coûts imbattables. Il y a bien sûr la nécessité de parer aux interdictions d’autres substances, mais aussi depuis 20 ans une certaine « mode » favorisant l’emploi pas toujours opportun du « Roundup » notamment en système labour (emploi non justifié sur chaumes, sur labours peu reverdis, destruction des cultures intermédiaires,…). Il n’existe aucune gouvernance permettant d’agir sur les niveaux d’emploi des produits phytosanitaires : l’intérêt technique, le rapport qualité-prix et une bonne dose de marketing ne laissent pas d’espace pour la prise en compte des enjeux environnementaux, de santé humaine, voire même de simple durabilité d’emploi de la molécule.

Et pourtant, dans le cas du prosulfocarbe les problèmes induits par cette molécule sont suffisamment importants pour que la profession agricole prenne ses responsabilités sur ce sujet précis et sur d’autres.

Soyons humbles, de bonne foi et constructif

La profession agricole doit sortir sur le sujet des pesticides (et sur d’autres) d’une course à la lenteur sans issue. La règlementation qui entoure l’emploi les applications de produits phytosanitaires, n’a pas pour seul but de « gêner » les producteurs. Elle est là pour assurer des risques acceptables pour les utilisateurs, les salariés, les consommateurs, depuis peu les riverains et aussi tous pour les différents éléments qui constituent notre environnement : eau, air, flore et faune. L’agriculture doit produire mais aussi respecter la vie.

En 2020, appelons de nos vœux une mise en œuvre exemplaire des zones non traitées de protection des riverains, gage de relations apaisées entre les ruraux, mais c’est mal parti ! (pour les mesures de gestion non appliquées voir les articles de ce blog des 1er et 22 novembre 2019).

La sortie des pesticides prendra du temps, aussi est-il important que les applications de phytosanitaires soient effectuées en totale adéquation avec les exigences légales. Trop souvent les précautions et obligations règlementaires sont méconnues (ou oubliées sciemment…) par un grand nombre d’acteurs.

Pour faire bouger rapidement les lignes, sans doute faut-il retirer du marché toutes les molécules pour qui l’intégralité des mesures de gestion règlementaires n’est pas appliquée.

                                                                                                              Guy Le Hénaff, agronome indigné

Serre de confiné avec plants "maison",Plourivo (22) le 27 avril 2020

Serre de confiné avec plants "maison",Plourivo (22) le 27 avril 2020

Implantation de résidence dans le vignoble (anciennes vignes), sans zones tampons. Corcelette Villié-Morgon (69) (Géoportail 2017)

Implantation de résidence dans le vignoble (anciennes vignes), sans zones tampons. Corcelette Villié-Morgon (69) (Géoportail 2017)

Tag(s) : #Règlementation phytosanitaire

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