La résilience de nos territoires ruraux, notre seule voie de salut ?
Nos territoires doivent pouvoir « encaisser » les coups de butoir climatiques pour rester habitables.
Avec les canicules successives de 2026 et l’importante sécheresse, les conséquences sont massives. Tout d’abord de telles circonstances conduisent à assurer de notre soutien aux pompiers qui luttent contre les feux mais aussi aux agriculteurs et maraîchers qui se retrouvent en grandes difficultés. Ces derniers temps, il est le plus souvent question des conséquences en milieux urbains et il en sera sans doute de même autour des 29-30 juillet prochain avec le nouvel épisode caniculaire: le quatrième pour la France métropolitaine. Même si il touche plutôt le Sud-Est et le Centre-est du pays.
Désolé de revenir toujours sur la nécessité d’avoir des cycles de l’eau renaturés. Avons-nous oublié que c’est la campagne qui nous nourrit et qui fournit une part importante de notre eau potable. Nombre de productions agricoles sont en danger et les approvisionnements en eau vont devenir de plus en plus compliqués. Dans le même type de réflexions, les immenses feux de forêts du Sud-Ouest et du Var viennent compléter le diagnostic que nous sommes de plus en plus nombreux à faire : il est devenu impératif de renforcer fortement nos actions de prévention : au fil des décennies, de l’urbanisation, de l’uniformisation des campagnes, d’une simplification du cycle de l’eau,…, nos territoires ont fortement perdu en capacité de résilience.
La résilience est la capacité d’un système à revenir à son état initial après avoir été perturbé (géoconfluences.ens-lyon.fr). En physique, on cite souvent le cas de l’élastique qui reprend sa forme après un étirement. Sur le plan environnemental c’est l'aptitude d'un milieu ou d’un écosystème à se reconstituer à la suite d'une perturbation (par exemple, la reconstitution d'une forêt après un incendie ou la capacité d’adaptation d’un versant hydro-topographique pour se remettre d’un stress important : sécheresse, orage, coulées de boues,…).
Historiquement, nos habitats groupés étaient protégés par différentes activités maintenant des zones tampons autour des villages. Zones tampons qui tenaient à distance le feu et les coulées de boues. Nous avions autour des villes des ceintures maraîchères et vivrières (consommer local était la norme) et autour des villages c’était plutôt les prairies et les systèmes agro-pastoraux qui assuraient la protection vis-à-vis du feu et des inondations orageuses.
L’homme moderne a créé des occupations du sol souvent inadaptées. Le développement économique primait et à une époque encore récente, les élus et les maires voyaient les champs comme des terrains à bâtir, y compris les meilleures terres nourricières de France (Parc Disney de Marne la Vallée, complexes commerciaux péri-urbains,…). Partout l’agrandissement des villes en périphérie ou en zones inondables a conduit à une forte promiscuité entre les zones habitées et les portions de territoires cultivées ou les zones vulnérables aux inondations. De grandes surfaces agricoles trop homogènes sont souvent sensibles aux forts aléas naturels et donc générateurs de risques pour les zones aménagées voisines. Un exemple très lié à l’actualité est parfaitement illustré par la construction d’habitation en zones forestières à base de résineux. Avec cette inadaptation quasi-généralisée, nous subissons de plein fouet les aléas liés aux changements globaux, qui comble de « malchance » sont appelés à se multiplier à cause du bouleversement climatique.
Prenons trois exemples très illustratifs de mésadaptations aux bouleversements climatiques :
Dans les Landes et le Sud-Ouest, la monoculture de pins maritimes a pris la place des Landes de Gascogne, et ce sans diversité botanique ni de coupe-feu suffisants. Plus vers le Sud-Est de la Gironde à Bazas, la petite polyculture-élevage & tabac disparait : la plantation active de pins est de rigueur : cela va à terme conduire à ce que l’ensemble des anciennes fermes et hameaux, de ce secteur girondin se retrouve au sein d’une grande forêt de conifères! Dans le Sud-Est, c’est l’agro-pastoralisme qui doit être renforcé et donc soutenu par les pouvoirs publics et aussi par la PAC (Politique Agricole Commune) : l’entretien agro-écologique du territoire devrait être reconnu à sa juste valeur.
A trois kilomètres de notre maison, ce sont des landes bretonnes qui ont été plantées en pins maritimes comme en Gascogne, et nous avons sur la commune la plus grande forêt, du Nord de la Bretagne : 600 ha ! Quelques chevaux et bœufs assurent un pâturage des coupe-feu, mais c’est très certainement insuffisant face aux sécheresses et canicules à répétition. D’autant que le Conservatoire du Littoral reste sur une gestion sans doute trop contemplative au sein du massif forestier.
Dans le Beaujolais viticole, mais aussi dans le Revermont jurassien, les occupations des sols pentus propices à la vigne ont fortement évolués en plus d’un demi-siècle. Historiquement les vignes étaient exploitées par des vignerons-éleveurs. Les villages étaient entourés par des jardins, des prairies, des pré-vergers : ces parcelles jouaient un rôle important de zones tampons, notamment vis-à-vis des inondations et coulées de terres sableuses (sols granitiques) provenant des vignes travaillées. Mais les producteurs se sont spécialisés, et les surfaces plantées en vignes augmentant, le vignoble s’est fortement rapproché des habitations. De plus de nouveaux pavillons sont « montés » à l’assaut des pentes seulement protégées des pluies orageuses par une route. A partir des années 80, l’heure de gloire des bassins d’orage de protection en amont des villages était arrivée en Beaujolais.
En zones légumières du Nord Bretagne, zone fertile des limons éoliens du Nord Léon, du Trégor-Goëlo et de la région Malouine/Saint Méloir des Ondes, la spécialisation légumière est aujourd’hui quasi-intégrale même si des céréales et du maïs grains entrent maintenant dans des rotations simplifiées comme « intercultures ». L’élevage a pratiquement disparu et le fumier produit localement aussi, de même que les prairies et leurs précieux reliquats de matière organique. Avec une bonne matière organique et d’importantes capacités de ralentissement, d’infiltration de l’eau et de rétention des limons (matières en suspension), les surfaces en prairies disparues font maintenant gravement défaut. Cela amoindri fortement, pour les territoires légumiers de pleins champs, les qualités agronomiques des parcelles et les capacités d’atténuation des crues et des transferts de polluants. D’autant que des agrandissements inadaptés des parcelles rendent la gestion des ruissellements et des écoulements d’eau impossible au sein de certains versants déstructurés où la plupart des talus/haies ont disparu. Les sols limoneux très fertiles des secteurs légumiers doivent être l’objet de soins attentifs, de pratiques culturales respectueuses et de réflexions autour des chemins de l’eau au sein des parcelles et au sein des éléments du paysage encore en place ou nouvellement réaménagés (talus, haies, noues, fascines,…).
D’autres exemples seraient bien sûr intéressants à développer, comme les territoires de grandes cultures plutôt limoneux devenus très sensibles aux coulées de boues suite à l’abandon de la polyculture-élevage et donc des prairies jouxtant les villages : les Piémonts alsaciens, le Pays de Caux, les Côtières de la Dombes,…, et les nombreuses situations de sols fragiles sur molasse[i] présents dans le Sud de la France, maintenant entièrement en cultures. L’érosion y est forte voire excessive (Lauragais, Drôme,…)
Le retour vers une forte résilience doit absolument sous-tendre l’ensemble de nos politiques publiques : les capacités de forte robustesse et donc d’habitabilité future de nos territoires sont en jeu.
Cela conduira à des passes d’armes complexes avec nombre de structures économiques et de lobbyistes. Mais face aux fortes mésadaptations hydrauliques et paysagères présentes dans quasiment tous nos territoires cultivés avons-nous le choix ? Pouvons-nous éternellement accepter que les positions manquant d’objectivité, voire contraires aux lois et aux traités internationaux, l’emportent lors des arbitrages politiques et ministériels?
Pour conclure, j’emprunte la citation suivante à Olivier Hamant[ii], chercheur INRAE à l’ENS de Lyon : « La nature menacée devient menaçante : notre excès de contrôle nous a fait perdre le contrôle. Il va maintenant falloir vivre dans un monde fluctuant, c’est-à-dire inventer la civilisation de la robustesse, contre la performance.
Figures d'érosion en sols limoneux, Kermaria à Plourivo-22, suite à l'orage du 15 juillet 26 (100 mm en 100 minutes)
Erosion en nappe sur trop grande parcelle limoneuse prête à planter, Poul Priou à Plourivo-22, orage di 15 juillet 2026
Erosion en nappe ayant recouvert route et fossés : orage du 15 juillet 26, hameau de Poul Priou à Plourivo-22
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