Sécheresses et inondations, réagissons ! Cultivons l'eau dans nos champs et paysages
Depuis 2020, notre petit coin de Bretagne Nord a connu trois épisodes de pluies fortes et/ou intenses conduisant à de fortes coulées de boues essentiellement d’origine agricole. A cela s’ajoute une sécheresse importante en 2022 (au 10 août 2022, nous étions à deux doigts de la pénurie d’eau potable en Côtes d’Armor) et une sécheresse agronomique en 2025 (6 mois avec une faible pluviométrie).
En cinq ans cela fait cinq évènements météorologiques majeurs !! Des évènements pas totalement en lien avec le rapport de l’ONU sur « l’ère de la faillite de l’eau »[i] quoique, mais tout concours à la nécessité d’agir.
A l’initiative de l’association environnementale StopMéthanePlouha, s’est tenue une conférence intitulée « sécheresse, inondation, réagirons nous ? ». Devant 100 à 120 personnes, j’ai décrit l’évènement pluvio-orageux du 21 septembre 2025, dû à une goutte froide, qui a touché l’ouest de la baie de Saint Brieuc puis détaillé la notion de « cultivons de l’eau ». Les sols de la zone légumière du Goëlo-Trégor sont en danger pour cause d’appauvrissement en matière organique, de rotations courtes inadaptées, de pratiques culturales agressives. Malheureusement l’importante dérive des tailles de parcelles et la quasi-disparition des talus et du maillage bocager rendent de plus la zone très propice au ruissellement érosif parfois massif : la fertilité et la capacité de résilience des sols se réduisent au fil des années et les coulées de boues récurrentes en sont le symptôme le plus visible. Cependant n’oublions pas qu’à chaque pluie un peu conséquente (plus de 10 mm) des transferts hydriques de limons-argiles se produisent et les polluants comme les pesticides et les phosphates, sont bien sûr du voyage ! Les nitrates sont eux plutôt sensibles aux pluies cumulées qui provoquent leur lixiviation (lessivage des sols par l’eau des pluies).
Face à des évolutions de pratiques et à des paysages désorganisés, le changement climatique vient modifier la donne : il va devenir impératif de modifier les erreurs criantes du passé et de le faire avec célérité. Cela fait déjà 30 ans que le CORPEN[ii] a décrit les processus de ruissellement et d’érosion et établit les bases des mesures et dispositifs d’atténuations Hélas nous n’avons plus 30 ou 50 ans pour agir, et la course à la lenteur conduisant à un simple rustinage est et sera très insuffisante ! Et la création de réserves d’irrigation n’est certainement pas l’action à privilégier. Agronomiquement, l’agriculture de la zone légumière du Goëlo-Trégor est plutôt sur la mauvaise pente, et ce particulièrement face aux enjeux du changement climatique.
Les prévisions des experts du climat mettent en avant, y compris pour la Bretagne, une amplification des pluies intenses : elles se produiront plus souvent et probablement avec des cumuls de pluies qui augmenteront lors de la survenue des événements (orages ou tempêtes). Nos aménagements urbains et agricoles des dernières décennies sont loin d'être adaptés à des intensités de pluie que la Bretagne a peu connues jusqu'à présent. Sur le plan hydraulique il va nous falloir redonner de bonnes capacités de résilience à nos paysages. D'autres régions ont déjà essuyé les "plâtres" et testé avec succès des techniques d'atténuation, le plus souvent basées sur des solutions fondées sur la nature qui sont rustiques et relativement peu onéreuses. Nos futurs élu.es doivent prendre à bras le corps la nécessité de mettre en œuvre des actions efficaces et suffisamment massifiées pour atténuer les effets du changement climatique.
L'objectif majeur doit être le stockage de l’eau dans les sols et les végétaux, en s’appuyant sur un ralentissement efficace de l'eau grâce au déplacement de nombreuses entrées de champs, à des noues, des talus, des haies, des prairies naturelles, des zones boisées, à des zones humides, des bandes enherbées, voire de simples bourrelets de bord de champs, à du reméandrage de ruisseaux,.... On parle d'hydraulique douce, d'hydrologie régénérative et d'eau verte.
Acceptons de réviser nos paradigmes et cultivons l’eau
pour le bien-être de nos sols, de nos paysages et donc pour notre propre avenir
Rigole érosive sur un chemin de remembrement recevant les ruissellements des grandes parcelles en choux fleurs, Plouha - 22, plateau de Port Logot, ( 23 oct 2025)
Parcelle décapée par un fort ruissellement amont (village et champs) Plouha, Port Logot (23 oct 2025)
Conséquence des ruissellements amonts (champs & hameau) sur le chemin côtier GR 34 sous Kerjean, Plouha -22 (23 oct 2026)
Dégâts au village de Kerjean : eaux de ruissellement du hameau et de parcelles agricoles en amont (dont celle de la photo précédente) , Plouha-22 (23 oct 2025)
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