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Métabolites du S-métolachlore : privilégier les actions préventives efficaces !

Les gestionnaires d’eau potable préparent les actions à mener face aux contaminations des eaux environnementales par les métabolites de l’herbicide S-métolachlore : OXA, NOA et surtout ESA-métolachlore. Les méthodes curatives en stations de potabilisation suscitent manifestement un grand intérêt au sein des collectivités, bien qu’elles soient onéreuses (renforcement des filières de traitement) délicates et requièrent donc un suivi très technique et une exploitation fine. Sur les actions préventives les niveaux d’ambitions sont bien moindres notamment autour de la protection des eaux de surface. L’ampleur des surfaces qui devraient être concernées par les plans d’action est importante voire très importante. Est-ce la crainte de la réaction du monde agricole qui induit ce manque d’objectifs?

A titre d’exemple, voici les mesures préventives en eaux superficielles proposées par le SDAEP 22 (Syndicat Départemental d’Alimentation en Eau Potable des Côtes d’Armor) :

  • Promouvoir les actions de prévention sur les bassins -versants afin de limiter autant que possible l’usage des pesticides
  • A noter que les actions «d’aménagement fonciers » n’ont pas ou moins d’intérêt sur les métabolites.
  • Ne pas s’engager dans des interdictions locales ciblées afin de ne encourager la substitution d’une molécule par une autre…produisant des métabolites sans Vmax (ex. : Nicosulfuron/ASDM).

En aucun cas l’application de cette stratégie ne peut aboutir à des résultats satisfaisants durant les 3 ans de dérogation, ni même si elle est renouvelée une fois. Dérogations qui concerneront un grand nombre d’unité de distributions car elles seront nécessaires dans les nombreux cas de dépassements des 0.1 µg/l par l’ESA-métolachlore.

A noter qu’avec des contaminations concernant de nombreux territoires français, la notion de captages prioritaires perd de sa pertinence. Cependant ces captages dits prioritaires vont bénéficier d’une capacité de réaction accrue grâce aux démarches territoriales déjà engagées : l’actualisation des plans d’actions y sera plus aisée et les aires d’alimentation sont normalement bien connues. Mais qu’en est-il des très nombreux autres captages contaminés aux dynamiques de territoires moins développées ?

Agronome, ancien ingénieur-chercheur dans la recherche publique (Irstea de Lyon) sur les pollutions agricoles diffuses par les pesticides, spécialistes des zones tampons et des transferts hydriques des pesticides*, rédacteur du guide méthodologique de « Délimitation des aires d'alimentation de captages en eaux de surface et caractérisation de leur vulnérabilité vis à vis des pollutions  agricoles  diffuses par les pesticides »**, expert environnement au sein du Comité de Suivi des AMM (Autorisation de Mise sur le Marché) des produits phytopharmaceutiques, membre du conseil citoyen de Guingamp-Paimpol Agglomération : je considère qu’il faut des mesures potentiellement efficaces et suffisamment ambitieuses si l’on veut atteindre une baisse significative des contaminations.

Nous sommes face à une pollution diffuse simple liées à des processus caractéristiques globalement bien connus, même si des travaux de recherches restent nécessaires :

- petites molécules issues de la dégradation de la molécule mère,

- plutôt mobiles car ayant une faible affinité avec les sols,

- assez stables avec des durées de demi-vie longues,

- transferts hydriques semblant plus liées aux pluies efficaces automnales plutôt qu’aux dates d’application de l’herbicide, comportement de type nitrates (?) entrainant des pics de contamination hivernaux.

En tenant compte des caractéristiques énoncées ci-dessus, les mesures à prendre sur le terrain sont assez aisées à énoncer :

Arrêt total des applications de S-métolachlore sur toutes les surfaces alimentant une ressource en eau potable, qu’elles soient souterraines ou superficielles. Cela concerne donc toutes les Aires d’Alimentation de Captages (AAC), définies et délimitées ou pas. En absence d’AAC et par  défaut l’ensemble du bassin versant amont doit faire l’objet de la même restriction totale. Toutes actions restreintes aux périmètres de protection règlementaire (PPR) ont de fortes chances d’avoir un effet insuffisant.

Dans le cas de cultures où l’emploi de S-métolachlore est stratégique comme les haricots et pois, et si l’arrêt est vraiment techniquement problématique, il faut au moins bannir la molécule sur les cultures de maïs. J’ai déjà testé avec succès cette stratégie sur maïs et légumes industriels entre 1995 et 2000 dans le cadre des MAE phytosanitaires misent en place par la DRAAF de Franche-Comté sur les zones de captages à enjeux atrazine et bentazone, MAE abandonnées ensuite....

Il faut également prévoir une mise en œuvre de haut niveau d’aménagements fonciers et paysagers et de techniques limitant le ruissellement au champ : expertise et « re-visite » de l’hydrologie agricole des versants concernés, ralentissement de l’eau par tous les moyens possibles : par des méthodes naturelles de rétention de l’eau (MNRE) et plus particulièrement par la mise en place de zones tampons enherbées, boisées, humides,… en privilégiant les têtes de bassin versant et en étant très vigilant sur la protection effective du petit chevelu hydrographique.

Cela fait bientôt 30 ans que des recherches, études et réflexions sont menées sur le thème des pollutions diffuses agricoles par les pesticides. Globalement les connaissances sont là et elles sont très largement exploitables. Va-t-on manquer de capacité à résoudre un problème clairement identifié ? C’est aux acteurs de la protection des ressources en eau de se mobiliser chacun à son niveau en assumant clairement ses responsabilités, quitte si nécessaire à sortir de sa zone de confort ou de déni.

Dans le cadre des métabolites du S-métolachlore qui nous préoccupent, il faut adapter les plans d’actions aux enjeux, miser sur un traitement (délicat) en stations de potabilisation ne peut pas être la seule réponse ni économiquement, ni environnementalement.

*https://www.afbiodiversite.fr/actualites/un-nouveau-guide-pour-aider-implanter-des-zones-tampons-en-contexte-agricole

**https://aires-captages.fr/sites/default/files/document-sandre/guidemethodo_aacesu_v2-0_0.pdf

 

"captage idéal": en aval d'une forêt de montagne (Lac des Rouges Truites, Jura)

"captage idéal": en aval d'une forêt de montagne (Lac des Rouges Truites, Jura)

Tag(s) : #Territoires résilients, #Chemins de l'eau et diagnostics
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