Overblog Tous les blogs
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Agriculture et Climat : demain comment ferons-nous ??

En Nord Bretagne, dur pour un agreaunome-jardinier de vivre, à nouveau une forte sécheresse estivale en 2025, après une sécheresse agronomique modérée en juillet-août 2024 et une précédente sécheresse importante en 2022. Les actions d’adaptation des territoires et d’atténuation des pollutions prennent toujours un temps fou : 50 ans en nitrates et algues vertes pour commencer à agir fort utilement en zones de bas-fonds, 33 ans de reconquête de la qualité de l’eau avec une issue toujours incertaine. Et par rapport aux enjeux climatiques, nous avons encore une démarche bien trop lente, au rythme d’un « train de sénateur », et nombre d’élus et de décideurs ne sont pas encore au bon niveau de prise de conscience. Pourquoi refusons-nous d’être précautionneux vis-à-vis de l’eau de pluie : par paresse intellectuelle ou par manque de perspective de rentabilité  immédiate? Car les techniques de génie écologique requises sont peu onéreuses comparées à de l’hydraulique dure et aux remembrements chers aux anciens ingénieurs du Génie Rural. Lorsque l’on est proche de la nature, que l’on a planté des arbres toute sa vie, que l’on voit certaines régions de l’Est déjà fortement impactée, cette quasi-inaction, constatée dans mon cadre de vie proche est source d’éco-anxiété.

Certes la baisse des températures et les quelques millimètres tombés ce week-end du 20 juillet apportent un répit. Les ruissellements urbains et routiers, ont permis une légère remontée des débits très bas des rivières (ils étaient samedi au niveau des débits de vigilance sécheresse), petite embellie qui s’estompe très vite 24 h après la dernière pluie de 5 mm. Les rivières et milieux aquatiques qui ont besoin d’eau vont souffrir. Car l’été n’est pas fini et en agriculture, les maïs et les prairies sont à la peine voire plus, les légumes nouvellement plantés auront besoin d’eau dans les semaines qui viennent.

Dur de constater que collectivement nos actions face au changement climatique ne sont pas à la hauteur notamment en Bretagne. Certes des actions méritantes et efficaces sont en cours, mais pourquoi est-ce toujours au loin et sur des territoires restreints. Que ferons-nous demain avec moins de moyens financiers en lien avec la réduction, rarement judicieuse, des accompagnements et des aides ?  Peut-être arriverons-nous à protéger correctement nos captages d’eau potable, mais rien n’est moins sûr :

  • les moyens financiers des Agences de l’Eau vont être clairement ciblés sur ces territoires à enjeux depuis bientôt 35 ans !!, au nom de la reconquête de la qualité de l’eau, mais avec quelles efficacités réelles ?
  • nous avons été incapables d’anticiper la crise, pourtant annoncée de l’Esa-métolachlore, principal métabolite du S-métolachlore,  alors qu’il était évident, depuis 2017, que nous devions diminuer l’emploi de cet herbicide fortement utilisé sur les maïs breton, Mais hélas les quantités utilisées par l’agriculture bretonne ont progressé de 70 % durant les trois dernières années d’autorisation d’emploi du S-métolachlore. Pas très responsable ni vraiment sympathique pour les producteurs et gestionnaires d’eau, ni bien sûr les consommateurs…
  • nous sommes très loin de bien connaître la délimitation et la vulnérabilité de nos aires d’alimentation de captage : depuis le Grenelle de l’environnement les moyens se sont concentrés sur les captages prioritaires. Mais aucune volonté politique n’est venue soutenir la nécessaire protection de l’ensemble des 33 000 points de captages du territoire métropolitain. Car comment peut-on protéger lorsque l’on se refuse de délimiter les aires d’alimentation et donc de connaitre l’intégralité des surfaces qui contribuent à l’alimentation des captages ?

Dur de constater que le recours au génie écologique et aux solutions fondées sur la nature, rustiques et peu onéreuses, est très insuffisamment mis en œuvre. Nous avons absolument besoin de cultiver l’eau sur l’ensemble des territoires, mais plus précisément dans l’ensemble des terres agricoles. Nous devons « bichonner » nos sols et amplifier leur réserve utile. Et en complément, grâce à une meilleure résilience de nos paysages (ralentissement de l’eau, augmentation des capacités de stockage et de soutien d’étiage), préserver voir amplifier nos ressources en eaux. Il en va, dans un futur proche, de notre approvisionnement en eau (quantitatif et qualitatif) et de la sauvegarde de nos milieux humides.

Dur de constater, en Nord Bretagne légumière une pollution importante des ruisseaux côtiers. Et dans le même temps une prise en compte très insuffisante de l’agroécologie, alors qu’une agronomie respectueuse et la gestion des bords de champs doivent faire partie des actions à généraliser. L’utilisation irresponsable des épareuses sur les talus en bordures de champs, en est une illustration. Les talus doivent être « propres », même si c’est au détriment de la biodiversité. En lien avec la sécheresse actuelle les talus nus bordant les cultures de légumes présentent une végétation largement desséchée, même si la puissante fougère aigle fait souvent illusion. Pourquoi détruire des habitats fortement utiles en termes d’ombres et d’atténuation des fortes chaleurs pour des espèces stressées par la sécheresse et les journées très chaudes. Le bon sens serait de s’abstenir en année sèche ou au moins de décaler les passages d’épareuse sur l’automne. D’autant que l’utilité de « scalper » tous les ans des talus nus n’est pas démontré. Au contraire, cela réduit à zéro toute chance de régénération naturelle d’un bocage, dont les tempêtes successives démontrent pourtant l’utilité en termes de rugosité paysagère et de réduction de la force des vents (notamment Ciaran à la Toussaint 2023).

 

Dur de constater les freins récurrents, la course à la lenteur qui dicte malheureusement nombre d’actions, l’immobilisme auquel s’ajoute le manque de priorisation des pouvoirs publics et de certaines collectivités, et maintenant un fort risque de « jurisprudence Duplomb » !

Notre retard dans la prise en compte de notre adaptation au changement climatique n’est pas de bon augure. Combien faudra-t-il de sécheresse, de canicules,  de fortes tempêtes pour faire de l’adaptation au changement climatique une priorité collective et donc politiquement assumée ?

Bocage agressé : strate arbustive détruite par deux épareuses : municipale et agricole. Plourivo - 22 (21 juillet 2025)

Bocage agressé : strate arbustive détruite par deux épareuses : municipale et agricole. Plourivo - 22 (21 juillet 2025)

Article "pollution des ruisseaux côtiers" du 23 juillet 2025 de l'hebdomadaire local de Paimpol: la Presse d'Armor

Article "pollution des ruisseaux côtiers" du 23 juillet 2025 de l'hebdomadaire local de Paimpol: la Presse d'Armor

Captage d'eau idéal, car loin des zones agricoles. Avaugour à Saint-Péver - 22 (8 avril 2025)

Captage d'eau idéal, car loin des zones agricoles. Avaugour à Saint-Péver - 22 (8 avril 2025)

Bas de parcelle durable: rétention d'eau par talus en bord de mer. Anse du Lédano, Plounez-Paimpol - 22 (3 février 2025)

Bas de parcelle durable: rétention d'eau par talus en bord de mer. Anse du Lédano, Plounez-Paimpol - 22 (3 février 2025)

Tag(s) : #Territoires résilients
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :