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Proposition de loi « Duplomb »: une atteinte au bon sens paysan et une hérésie environnementale.

« Lever les contraintes à l’exercice du métier d’agriculteur », l’idée n’est pas mauvaise, mais s’appuyer sur des mesures suicidaires est incompréhensible. Car aujourd’hui en 2025, avec la sécheresse et les journées caniculaires successives, les principales contraintes sont visiblement d’ordre climatique et le seront chaque année davantage. Or ce n’est pas avec des propositions de mesures agronomiquement et écologiquement délirantes et régressives que l’agriculture fera face aux enjeux du changement climatique.

Ancien agronome de terrain du service public, j’ai toujours appuyé mes jugements sur la compétence, l’impartialité et un réel pragmatisme au combien indispensable en agriculture. Mais c’est aujourd’hui un véritable drame pour un démocrate de vivre le temps des politiques décomplexées. La proposition de loi Duplomb et Ménonville répond uniquement aux slogans des manifestations de début 2024. Outre le coût exorbitant[1] de la casse et des dégradations lors de ces manifestations, les citoyens vont subir des atteintes majeures aux milieux et à la biodiversité, et les contribuables seront bien sûr in-fine mis à contribution. La voie du « débridage » est loin de préparer un avenir enviable : pourquoi vouloir absolument dégrader encore plus les territoires agricoles. N’en déplaise au sénateur Duplomb, qui pense que le changement climatique aura des effets favorables chez-lui en Haute-Loire, doit-on absolument dégrader ce département relativement préservé des gros aménagements ruraux des trente glorieuses ? Ce n’est pas en déstructurant le paysage, en busant les fossés, en agrandissant démesurément les parcelles, en accélérant l’érosion, en appauvrissant sa belle biodiversité que les agri-managers alti-ligériens vont préparer l’avenir !

Les mesures figurants dans la proposition de loi répondent visiblement à des demandes « d’enfants gâtés ». Mais est-ce raisonnable de céder à des caprices volants au ras des pâquerettes. Certes le contexte est anxiogène : contextes économiques mondialement incertains, changement climatique s’accélérant, cogestion avec les pouvoirs publics affaiblie (?),…

  • Au lieu de ré-autoriser certaines molécules, réduisons vraiment les pesticides en engageant de véritables changements de systèmes.
  • Au lieu de vouloir amoindrir les rôles des agences nationales, l’Anses[2] en particulier, mises en place par l’État, protégeons mieux les riverains et la biodiversité des bords de champs (l’application de la loi et des mesures règlementaires en bordures de champs laisse actuellement fortement à désirer, même le bon sens n’y est pas de mise !!).
  • Au lieu de faciliter les agrandissements des grosses exploitations d’élevage favorisons l’agriculture biologique et paysanne, bien plus adaptée et plus résiliente face au changement climatique et socialement plus intéressante.
  • Au lieu de faciliter les créations de retenues- (méga)-bassines, stockons l’eau dans les sols (réserve utile) et dans les paysages.

Lever les contraintes, oui mais pas celles choisies dans un programme syndical empreint de conflits d’intérêts, perpétuant des systèmes de production non durables. Ce n’est pas de cela que nous avons besoin pour affronter efficacement l’avenir. Une modification des systèmes paraît indispensable pour préserver nos capacités de productions et donc une véritable souveraineté alimentaire, et pour protéger la santé humaine, les milieux et la biodiversité.

Cela passe obligatoirement par une protection de nos sols agricoles et de notre eau :

  • En préservant les capacités d’infiltration et de stockage de l’eau dans nos sols (augmentation de la teneur en matière organique, réduction des tassements, couverture des sols,…).
  • En modifiant les rotations et en généralisant la couverture (quasi)permanente des sols.
  • En réduisant l’érosion hydrique et éolienne et donc la taille des parcelles.
  • En plantant ou en régénérant des haies permettant de renforcer le maillage bocager ou de segmenter les openfields, en entretenant avec méthode nos arbres champêtres, en mettant en œuvre de l’agroforesterie intra-parcellaire.
  • En recréant des zones humides proche des parcelles agricoles (drainées ou pas).

Globalement en augmentant par tous les moyens offerts par les solutions fondées sur la nature les capacités de résiliences de nos îlots agricoles et de nos paysages campagnards et ruraux. Arrosez des maïs ou des légumes dans des champs « maltraités », compactés, pauvres en matière organique et donc pauvre en vie, cela n’a pas de sens : Il faut cultiver l’eau verte.

Nous avons un besoin absolu de résilience pour nos territoires, peu compatible avec les calculs politiques et électoraux. Merci à ceux et celles qui sont déjà engagés, parfois depuis longtemps, dans des systèmes et pratiques durables. Nous devons anticiper rapidement les aléas du changement climatique et non mener des combats d’arrière-garde les plus souvent techno-solutionnistes. Les actions préventives agricoles et paysagères doivent enfin devenir majoritaires, les success-stories curatives sont réjouissantes mais malheureusement très insuffisantes.

 La Bretagne est plombée par des problèmes environnementaux récurrents : nitrates et algues vertes, pesticides, qualité de l’air,…. et d’autres pointent comme la fragilité quantitative prévisible des ressources en eau. Mais ce n’est pas la seule région à avoir des problèmes de santé humaine et environnementaux majeurs, liés aux pratiques et aux productions intensives depuis des décennies : Vignobles, Comté,…

Espérons que le courage ne manquera pas chez nos décideurs, élus et pouvoirs publics : l’agriculture permet à l’homme de se nourrir, mais elle se doit également de préserver l’avenir et donc notre environnement :

Elle doit NOUS NOURRIR

et NON DÉTRUIRE, encore et encore, notre cadre de vie et nos milieux naturels

et NON HYPOTHÉQUER la durabilité de notre société.

 

[1] En Bretagne, le montant total des remises en état suite aux manifestations agricoles de 2024 aurait permis de doter enfin 100 à 150 captages d’eau potable d’aires d’alimentation délimitées (le coût moyen d’une étude de délimitation d’une AAC est d’environ 50 000 €), et donc de faire un grand pas dans nos capacités de protection de nos ressources en eau.

[2] Anses : Agence de Sécurité Sanitaire de l’Alimentation, de l’Environnement et du Travail

Quelle place pour la biodiversité ? Quimper-Guézennec -22 (le 25 janvier 2025)

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Jeune haie double très prometteuse en terme de biodiversité à Saint-Julie - Ain ( le 21 oct 2021)

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Coulée de boue à Landouézec-Paimpol -22 (le 5 juin 2022)

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Tag(s) : #Territoires résilients
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